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Christophe De

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Message non lu par Christophe De »

PHOTOGRAPHIE
Etrange histoire de la photographie

Une nouvelle lecture, luxueuse et déroutante, de cette aventure



ne nouvelle histoire de la photographie vient d'être publiée en France. Elle a une double ambition : offrir un texte novateur ; présenter un objet richement illustré dans un coffret qui aura fière allure sur la table basse du salon. Cette ambition a un prix - 199 € - qui refroidit. D'autant que le livre a tout pour dérouter. D'abord parce qu'il ne contient pas ce que sa couverture annonce. L'Art de la photographie des origines à nos jours s'affiche au-dessus d'une image de Man Ray montrant une blonde vêtue d'une robe Lelong endormie dans une brouette signée Oscar Dominguez. Mariage détonant entre art surréaliste et glamour. Sauf qu'il y a peu d'esthétique et peu de glamour dans les pages.


Ce livre est l'antithèse d'une histoire classique de la photographie. Il ne suit pas une chronologie, ne cerne pas les grands maîtres, ne dit pas grand-chose des courants esthétiques. L'approche par genres (portrait, reportage, paysage) est évacuée. La révolution de la couleur n'est pas abordée. La photo de mode ou de publicité n'existe pas, tout comme les grands studios de création ou de diffusion. Les trois quarts de la planète sont absents au profit d'un dialogue quasi exclusif entre la France et les Etats-Unis.

Il s'en dit, pourtant, des choses en 600 pages ! Le lecteur découvre dix essais thématiques : la domination du daguerréotype à l'origine, autour de 1840, avant que s'installe « une aristocratie » de la photographie sur papier dans les années 1850, les liens avec les sciences, la « volonté d'art » des pictorialistes au tournant du XXe siècle, le rôle des amateurs, l'importance de la presse illustrée, l'esthétique du document, la création expérimentale, le rôle prépondérant du Musée d'art moderne de New York dans la mise en place d'un art photographique, l'image dans l'avant-garde.

Ces essais sont guidés par quelques obsessions stimulantes : fuir une histoire canonique de la photographie et de ses auteurs, montrer plutôt la vie d'un procédé dans son époque, la société, l'économie, comment il a été culturellement valorisé. Un climat marxisant se fait sentir ici et là : le photographe n'existe pas avec son style, il est d'abord le produit de son époque.

Les onze auteurs du livre sont des universitaires, pour la plupart quadragénaires, et qui ont fait leur trou. André Gunthert et Michel Poivert, les deux principaux, enseignent respectivement à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et à l'université Paris-I.

Un paradoxe : il est conseillé de bien connaître son histoire de la photographie avant de se plonger dans les dix chapitres plutôt pointus qui ont pour ambition de révéler « le dynamisme de la recherche ». Des photographes sont évoqués comme s'ils étaient connus de tous - biographie et styles sont passés sous silence. Des dizaines de noms jugés incontournables n'ont pas une seule image publiée, voire ne sont pas mentionnés. Citons Sudek, Umbo, Munkacsi, Brandt, Bellmer, Arbus, Levitt, Penn, Avedon, Stromholm, Robert Adams, diCorcia, Araki, Eggleston, Ghirri, Sultan, Bourdin, Paul Graham, Thomas Struth... Les grands noms du reportage comme Salomon, Burrows ou McCullin sont évacués. En revanche, des dizaines de noms obscurs sont là.

Ce livre, qui entend présenter « des histoires plutôt qu'une histoire de la photographie », intervient après plusieurs autres, notamment la monumentale Nouvelle histoire de la photographie, de Michel Frizot, en 1994. Se démarquer, expliquer qu'il n'est plus possible de faire une histoire encyclopédique, est louable. Mais la confusion pointe. La plupart des dix essais prolongent, sous une autre forme, de textes que leurs auteurs ont publiés précédemment. Leur réunion ne constitue pas un ensemble cohérent. Dans la logique du projet, qui vise à montrer comment la photographie a été valorisée en cent quatre-vingts ans, il manque pas mal de chapitres, notamment le rôle central des marchands et des collectionneurs.

Les images, déterminantes dans un tel livre, visent à nuancer la radicalité des textes. En ouvrant le spectre. L'originalité est de publier des portfolios après chaque chapitre. Mais, logique, le lien se fait mal entre textes et albums d'images. De plus, des « nanars » côtoient des images remarquables. Et les auteurs ne sont pas allés aux meilleures sources afin de rassembler les meilleures épreuves. Certains choix sont également étranges. Ainsi, les photographes voyageurs du XIXe siècle comme Teynard, Salzmann ou Greene sont évacués au profit de seconds couteaux, Bonfils et Béchard. L'iconographie sur le calotype, au milieu du XIXe siècle, est légère et celle sur le photojournalisme, après les années 1950, plutôt indigne.

Gommer la singularité esthétique de chaque photographe débouche sur des rapprochements absurdes. Ainsi l'association du romantisme de Doisneau et de la froideur conceptuelle du couple allemand Bernd et Hilla Becher, sous prétexte que tous seraient dans « l'esthétique du document ». Au final, une question : les auteurs du livre mettent en avant leurs analyses mais ont-ils regardé les images? On pense au grand Eugène Atget et à son travail sur Paris dont les rédacteurs se demandent pourquoi sa gloire a été orchestrée alors que « toutes les villes du monde ont connu au tournant du XXe siècle des campagnes de documentation patrimoniale ». La réponse est simple : parce qu'il est meilleur que les autres.

pascal boulet

Re: Vous l'avez lu ?

Message non lu par pascal boulet »

Ben ca donne pas trop envie de l'acheter!!

Et même pas de le lire :!:

Christophe De

Re: Vous l'avez lu ?

Message non lu par Christophe De »

Je me suis toujours méfié des universitaires distingués. Pour une fois que j'ai l'occasion de faire du tir tendu.... :shock: :mrgreen:

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