Historique de Fed favori envoyer
Fed 1 – 1934-1955.

Texte de Jacques Morin

Un peu d’histoire, d’abord…

La Commune de travail « Fed » a été créée fin 1927. Dès l’origine, un but lui est assigné : insérer ou réinsérer par le travail des adolescents sans famille ou au comportement asocial. Une idée que développera Makarenko, poète et écrivain, premier directeur de l’établissement : on ne doit pas séparer formation intellectuelle et travail productif. Une idée toujours actuelle, lorsque son application est bien pensée…
C’est ainsi que les Communards, de 13 à 18 ans au début, fabriquent d’abord surtout des perceuses, copies de l’ouest. La présentation du Leica II, en avril 1932, est l’occasion d’un recentrage des activités. Dès la fin de cette année, quelques copies du Leica II sont montées ; 1933 est consacrée à la fabrication de l’outillage spécialisé qu’il faut totalement inventer puisque la Commune n’a aucune expérience en ce domaine. Les premiers Fed 1a sortent en janvier 1934 équipés d’un 3,5/50, reproduction de l’Elmar de Leitz.
Au-delà de la performance (même si le Fed n’est qu’une copie du Leica), c’est l’aventure humaine qui paraît la plus remarquable. L’enthousiasme de Makarenko dans les ouvrages cités par ailleurs ne laisse aucun doute à ce sujet. Il semble que son « rousseauisme » ait été peu apprécié par les autorités puisqu’il se retirera en 1937, officiellement pour écrire. Cette même année, les Communes de travail seront supprimées et remplacées par des Kombinats, complexes industriels dont beaucoup seront aussi militaires…
Au début, la production peine à se rationaliser. 4000 Fed 1a sortent en1934, caractérisés par une certaine diversité dans les solutions adoptées : on est encore dans la recherche. En 1935 et 1936, les années des Fed 1b, des choix quasi définitifs sont progressivement faits quant aux principaux signes distinctifs extérieurs : forme du viseur, implantation et diamètre du barillet des vitesses, cannelures des boutons d’armement/rembobinage, qualité du chromage, forme de la came du télémètre. Certains de ces détails permettent de distinguer Leica II et Fed 1.
En 1937-1939 sont produits des matériels additionnels, notamment des objectifs. 1938 voit aussi la sortie du Fed S (un NKVD avec obturateur au 1/1000ème et un objectif 2/50) et du mythique B : un S avec vitesses lentes, à quantité infinitésimale pour ce dernier (40 exemplaires ?). Dès cette époque, les nécessités d’une production massive ordonnée par le Plan ne coïncident plus totalement avec les objectifs pédagogiques d’origine.
Pendant la guerre, matériels et personnels sont évacués au-delà de l’Oural. Pour l’essentiel, les personnels seront affectés à des tâches de production militaire. La fabrication ne reprend péniblement qu’en 1946 (1800 Red Flag, pour commémorer l’effort de Fed pendant la « grande guerre patriotique ») et surtout en 1948. Il aura fallu refaire entre temps tout l’outillage.
En vingt ans d’existence, le Fed 1 n’aura pas évolué par rapport à son modèle. Dans cette période troublée -de la guerre « chaude » à la guerre froide- les efforts de recherche portaient sur d’autres domaines dictés par les Plans successifs… Et dans la toute dernière période, jusqu’en décembre 1955, date d’arrêt de la fabrication des Fed 1, il n’y aura que fort peu de retouches : une optique désormais traitée avec une nouvelle échelle des diaphragmes et l’adoption du nouveau standard des vitesses (1/25ème, 1/50ème). Les S et B ne sont pas repris ; la préparation du Fed 2 concentre tous les efforts. Et le Zorki 1, autre clone du Leica II, est un rude concurrent. L’inventivité est d’ailleurs du côté de KMZ avec ses Zorki 3, bientôt 4 et surtout sa foule de Zenit en préparation …

Le point de vue du collectionneur

Plus de 700000 Fed 1 : le collectionneur a l’embarras du choix ! Et la bouille d’un Fed 1 est vraiment craquante, comme d’ailleurs celle de tous les clones du Leica II.
S’il faut faire un choix, incontestablement les « prewar » sont les plus intéressants. Leur gravure porte témoignage des changements politiques survenus dans cette histoire qui est de plus en plus la nôtre. Et le porte-monnaie y trouve aussi son compte : pour quelques dizaines d’euros, on peut se payer un NKVD c (gravure Ukraine) ou d (gravure Russie). Celui qui achète un b (à peine plus cher) pourra imaginer sans difficulté, derrière son appareil, un atelier d’adolescents, garçons et filles, occupés au montage… La variété de ces b est d’ailleurs étonnante. L’auteur de ces lignes en possède cinq différents, et il est possible de faire mieux.
Les S sont assez rares. Généralement mieux finis que les NKVD « ordinaires », pourvus d’un objectif spécial, plus chers à l’achat, ils ont souvent été pour ces raisons mieux entretenus par leurs propriétaires successifs. Cet appareil fut surnommé « le Fed des colonels », peut-être parce que le TSVVS aurait été « le Fed des généraux » ! Gravures c, d ou e, cette dernière étant pratiquement impossible à trouver (mais pas à bricoler, attention…).
Pour le collectionneur, il existe bien d’autres copies de Leica : Zorki, Canon, Shanghai, Leotax, Tower…(je me limite à mon étagère), chacun avec ses traits distinctifs. Mais aucun n’est plus représentatif de l’Histoire qu’un NKVD. AMHA !


Le point de vue de l’utilisateur

Ces appareils légers et maniables sont encore largement utilisables, à condition d’avoir été entretenus. L’optique, copie de l’Elmar 3,5/50, est d’une excellente qualité. Ils ont également l’avantage d’avoir une fourchette des vitesses (1/20ème ou 1/25ème au 1/500ème) directement utilisable à main levée. Quant aux sensations, lorsqu’au 1/20ème de seconde un peu ralenti par l’âge, le second rideau rattrape le premier… A ce propos, avec un S et son 2/50, de nuit et en 400 ASA, on ne craint personne !
Cependant, les Fed d’après guerre seront privilégiés. Pour l’utilisateur, ils présentent de nombreux atouts.
En effet, la production est maintenant standardisée et normalisée. Plus guère d’écarts de fabrication ou d’ajustage, notamment dans les dernières séries. Les objectifs désormais traités sont aux « normes Leica » : plus besoin de vérifier la distance entre objectif et plan film et d’ajuster en conséquence. On peut utiliser n’importe quel objectif 39mm LTM sur ces Fed 1 : on est passé de l’artisanat à la production industrielle….
Pour autant, il convient de se souvenir que ces appareils ont plus de cinquante ans et que l’usage du télémètre demande une certaine habitude. Se renseigner avant l’achat sur les points faibles traditionnels des matériels de cet âge - l’état des rideaux, le fonctionnement de l’obturateur, la clarté, le contraste et le bon réglage du télémètre, l’état de l’optique- est un minimum. Lorsque tout va bien, on a en main un appareil qui prend la photo avant que le photographe ait conscience d’avoir appuyé sur le déclencheur. L’osmose, quoi…
Au fond, quelle est la principale différence entre un Leica II et un Fed 1 ? L’entretien bien sûr ! Qui a parlé du prix ?

Quelques références :

- Bien sûr, l’incomparable « Princelle », la bible des russomaniaques, même si cet ouvrage est parfois un peu global. Il faut bien faire des choix… Titre en anglais même pour l’édition française : The authentic guide to Russian and Soviet cameras (J.L. Princelle). Donc, toute la production russo-ukraino-soviétique.- Leica copies (HPR) et 300 Leica copies (P.H. Pont et J.L. Princelle) : deux livres plus anciens qui étudient les clones de Leica





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