Historique de Soulé favori envoyer

NOTICE

sur la

Maison D. Soulé

Bagnères-de-Bigorre

1900

 

BAGNÈRES-DE-BIGORRE

Imprimerie et Librairie PÉRÉ
Place de Strasbourg

Fondation : 1862. - La maison D. Soulé fut fondée en 1862 par M. François Soulé, son père. Elle débuta par la tournerie et le travail de tabletterie dans les essences de bois abondantes dans les Pyrénées, - le buis notamment.

1878. - En 1878, M. François Soulé, enlevé par une courte maladie, laissait le soin de diriger sa petite industrie à son fils D. Soulé, â de 15 ans, l’aîné de ses quatre enfants. Obligé d’interrompre ses études dans la section industrielle de l’Ecole Supérieure de Commerce et de l’Industrie de Bordeaux, ce dernier prenait dès ce moment la direction du personnel sous la raison sociale Vve F. Soulé.
A ce moment, l’usine comptait une vingtaine d’ouvriers dans un local pourvu d’une force motrice hydraulique de 12 chevaux environ.
Cette industrie, orienté par M. D. Soulé vers les branches nouvelles de l’électricité et de la photographie qui commençaient à utiliser dans leurs application des objets qui rentraient dans le cadre de sa fabrication, fit de rapides progrès.

Personnel. - A l’heure actuelle l’usine occupe un terrain de 25 000 mètres carrés, sur lequel 6 000 mètres carrés sont occupés par des constructions. Le personnel comprend un ingénieur, trois chefs de services, six contre maîtres, cinq chefs d’équipes, cent cinquante ouvriers groupés dans les locaux de l’usine, une trentaine travaillant au dehors, et dix-huit à vingt dans la succursale de Barcelone. Le travail des métaux, décolletage, estampage, découpage, occupe le bâtiment principale.
La force motrice est constituée par une turbine Fontaine de 35 chevaux, une Hercule Singrunn de 20 chevaux et une machine à vapeur de 40 chevaux, dont le foyer est exclusivement alimenté par les déchets et sciure de l’usine.

Organisation commerciale. - Dès 1889 un dépôt était organisé à Paris, pour desservir les clients de cette ville, puis vinrent les dépôts de Marseille et de Lyon. Enfin, en 1899, une succursale était fondée à Barcelone, sous la direction de M. Berrens, ingénieur parent de M. D. Soulé.
Le marché espagnol est en grande partie entre les mains des Allemands et des Anglais. Sa proximité avec la frontière avait amené des relations d’affaire naturelles de la Maison de Bagnères-de-Bigorre avec ce pays. Toutefois les droits de douane et l’importance des transactions dans ce pays neuf, en matière industrielle, demandaient un pas de plus.

Maison de Barcelone. - On a donc fondé une succursale à Barcelone qui répand les produits de l’usine, rassemble les pièces qui lui parviennent démontées, confectionne celles dont l’entrée est trop onéreuse et opère les ventes dans la monnaie et selon les coutumes du pays ; elle a eu pour résultat d’ouvrir plus grandes les portes de l’Espagne aux articles français. Son chiffre, dès la première année, est quintuple de celui qu’avait fait l’année précédente la Maison de France seule, privée de ce secours.

Ebénisterie photographique. - Les débuts de la maison dans les articles de photographie se bornèrent aux accessoires : pieds, châssis positifs, égouttoirs, boîtes à glace et autres articles ordinaires qui étaient dans les moyens de fabrication d’un personnel inexpérimenté.
Bientôt après la chambre sur pied, dans toutes les tailles, puis les chambres d’atelier du professionnel, pour la fabrication desquelles des chefs ouvriers vinrent de Limoges et de Paris ; ces articles furent ainsi confectionnés dans l’usine.
La ferblanterie, les sacs, le gaînage vinrent à leur tour compléter les produits de la maison. Ils sont fabriqués par des équipes spéciales dans des salles de l’usine ou au domicile des ouvriers préalablement dressés par un stage à la maison, lorsque la force motrice ne leur est pas nécessaire.

Detectives Jumelles. - les appareils à main, détectives et photo-jumelles sont aussi fabriqués dans la maison, pour lesquels l’atelier de décolletage qui est consacré aux appareils électriques est d’un précieux secours.
L’obturateur du dernier détective rectiligne paru, offre des avantages réels par la rapidité d’ouverture et de fermeture des volets, et par le temps de pleine ouverture qu’il donne durant une révolution quelle que soit la vitesse à laquelle on la fasse fonctionner.
Cette création toute récente mérite d’attirer l’attention de MM. les Membres du Jury.
Les résultats obtenus et l’expérience acquise permettent d’espérer que cette maison établie dans la Province pourra atteindre son but qui est celui de contribuer à affranchir le marché français des importations trop importantes de Milan ou de Dresde.
les conditions économiques de fabrication en Province permettent de lui laisser entrevoir ce résultat pour un temps prochain. Faisant cela, elle sera bien dans son rôle, laissant à la production parisienne le noble rôle de la création des appareils de choix, de grand luxe et de fini parfait ; gardant pour elle la construction des articles de consommation courante, destinés aus amateurs moins fortunés. Il lui reste un champs assez vaste de nature à satisfaire son ambition légitime.

Epositions antérieures. - La Maison n’a jamais figuré dans une exposition internationale. La première exposition date de l’année dernière, à Tarbes, à l’occasion d’une Exposition régionale.
Le Jury lui a décerné deux Médailles d’Or et un Diplôme d’honneur.

Caisse de secours. - Les relations de M. D. Soulé avec son personnel sont des meilleures. Il n’y a jamais eu de grève dans la maison.
Une caisse de secours, alimentée par les dons du patron, fournit des secours en cas de maladie, donne des pensions de retraite aux vieux ouvriers infirmes. Deux retraites  l’une de 125 francs, l’autre de 250 francs sont desservies à deux vieux ouvriers. L’un frappé de paralysie, l’autre rendu par l’age incapable de tout travail. Les secours divers varient entre 800 et 1000 francs par an.

Caisse de prêts. - M. D. Soulé fut aussi le premier à créer en France une caisse ouvrière du type Raiffaisen à responsabilité illimitée. Créée en 1893, cette caisse fait des prêts aux sociétaires qui sont tous ouvriers habitant Bagnères. Elle est administrée par un bureau choisi par eux au suffrage. Son mouvement annuel de prêt varient entre 3 000 et 4 000 francs.

Travail familial. - M. D. Soulé cherche à établir le travail à domicile, dans la famille, avec distribution des forces motrices hydrauliques très abondantes dans les Pyrénées. Des réunions nombreuses, dont la dernière toute récente était présidée par M. Sansot, industriel, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, membre de la Chambre de Commerce des Hautes-Pyrénées, ont pour résultat d’orienter les esprits de ce côté, et de déterminer les Municipalités à l’établissement de ces forces motrices destinées à l’éclairage électrique, le soir, et à la distribution de force, le jour.
Un groupe s’est formé, qui demande avec lui l’établissement de tarifs réduits en faveur des ateliers familiaux.


Il n’a pas attendu que cette distribution existe pour organiser le travail à domicile, dans les genres de travaux qui ne demandent pas la force motrice. Une vingtaine de personnes sont occupées déjà chez elles dans ces conditions.